DANIEL COHN-BENDIT 1994 - 2014 - page 17

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comportement soixante-huitard, qui appelle une société jouissive. Alors que l’éco-
logie aujourd’hui défend le « non » à la croissance et une relative austérité dans les
modesdevie.N’oublionspasnonplus cesmini-pouvoirs issusde68 : lesex-maos, les
«grands »penseursqui occupent lehautdupavé…L’écologiedoit se faireune identi-
técontrecespouvoirs établis. Iln’empêcheque, partout où jevais, lesgens trouvent
naturel de relierMai 68, lesmouvements alternatifs et l’écologied’aujourd’hui.
Vous semblez assez libre par rapport à l’héritage de 68. Est-ce dû au fait que
vous avez, par force, disparude France après 68 ?
Avoir été expulsém’a sauvé la vie. Ce n’est pas simple de devenir unmythe, subite-
ment, à
23 ans. Finmai 68, je suis à la fois enhaut de l’affiche et nullepart. J’ai perdu tout
contact avec le sol ! Etre interdit de séjour en France m’a obligé à vivre. En Allemagne,
j’ai trouvé
l’aventure qu’ilme fallait. Je suis tombé amoureux, j’ai refaitma vie. J’ai
plantémes racines enpassant par les communautés, lesmouvements alternatifs.
Vous définiriez-vous encore comme « libéral libertaire », une expression que
vous avez souvent prise à votre compte ?
Non, jene crois pas. Ce « libéral-libertaire » était intuitif, je l’ai lancé lors de la cam-
pagne européenne de 1999, pour couper court aux vieux débats idéologiques sur
l’étatisme ou l’autogestion collective. Libertaire, cela signifiait qu’il fallait assumer
l’évolution de la société contre l’autoritarisme, depuis 68. Libéral me permettait
de rappeler que, entre 1968 et 1999, nous avons remis à plat nos conceptions de la
démocratie enpassant du « élections piège à cons » au « votez pour nous » ! Il s’agis-
sait aussi de situer l’écologie hors du débat gauche/droite : quand on est écolo, on
combat aussi bien le productivisme de droite que de gauche. Ce débat a connu son
point culminant en 2004, avec la grande baffe du « non » au traité constitutionnel
européen. Brusquement, laFrancene s’avéraitpasdu tout « libérale-libertaire »mais
« républicano-autoritaire ». Les évolutions denos sociétés sont beaucoupplus lentes
qu'onne le croit. L’Union européennen’a que 50 ans. Cen’est rien, rapporté à l’his-
toireeuropéenne. Combiende temps avons-nousmis, après laRévolutionFrançaise,
pour comprendre l'importancede l'Etat-nationetdépasser les fiefs seigneuriaux, les
organisations locales ?Aujourd'hui, lemarché imposeunplus grand espace encore.
Voilà bien notre problème. Alors, avec lamondialisation, « libéral-libertaire » n'est
plus le bon slogan. Il faudrait trouver une formule comme ... « alter-mondialiste -
marché régulé » ! Histoire de définir ce projet utopique d’une régulation qui passe
par les grandes organisations internationales, l'ONU, l'OMC…
Vous vous sentez proche des alter-mondialistes ?
Jusqu’à leur irruption dans le paysage, la mondialisation était présentée comme
unemachine infernale, unprocessus irréversible et incontrôlable. Mais les « alter »
ontdit « stop » : «  il fautqu'oncivilisecettemachine ». Et ilsont réussi à remettreen
question l'agendade lamondialisation. Alors, oui, je suispeut-êtreun « alter-mondi-
alistecivilisationnel ». EdgarMorinaraison…pasceuxqui lui empruntentn’importe
comment ses théories :nousavonsbesoinde faireémergerunenouvellecivilisation.
Il se trouveque lesgrands théoriciensquinouspermettentde réfléchir aujourd’hui
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