Les eurodéputés viennent de rejeter l'interdiction de la pêche en eaux profondes. Une victoire des lobbies ?

Oui, c'est une victoire des lobbies, mais c'est aussi une victoire de la bêtise des socialistes, européens et surtout français. Tous les scientifiques le disent : si on veut préserver les réserves de pêche, il faut interdire la pêche en eaux profondes. Au Parlement européen, les socialistes français n'ont pas voulu voter son interdiction pour protéger la vingtaine de bateaux qui font cette pêche en France. Il y a même des régionalistes écologistes qui ont voté contre. C'est la réaction de Pavlov : quand on aborde une question qui vous touche de près, on n'arrive plus à réfléchir.

Plusieurs pays européens ont annoncé qu'ils allaient envoyer des troupes en Centrafrique. Pensez-vous cette intervention légitime ?

Je suis persuadé que cette intervention est légitime. On ne peut pas toujours traîner les pieds, il y a un moment où il faut se décider et éviter le pire. La situation était dramatiquement dangereuse. Certains critiquent l'intervention en pointant la faiblesse de l'après, parce qu'il n'y pas de gouvernement fort, personne pour reprendre les rennes du pouvoir. Mais ce sont des critiques un peu faciles. Est-ce qu'on devait laisser les gens se faire massacrer ?

La France ne vous paraît pas un peu seule ?

La France est très seule, c'est vrai. C'est une faiblesse qu'on avait déjà au Mali. En fait, ce qu'il manque aujourd'hui, c'est une vision européenne de la sécurité et de la stabilité. Il aurait été mieux d'avoir une brigade d'intervention européenne mobilisable en 24 heures. Quant à une aide financière, je suis certain que l'Allemagne et les Européens vont soutenir la France. Cette aide, c'est ce qu'on appelle le « burden sharing » (ndlr : le partage du fardeau). Tout le monde sait très bien qu'il fallait intervenir.

Pensez-vous que François Hollande est le plus crédible en chef de guerre ?

Ce qui est frappant avec Hollande, c'est que, quand il parle du Mali, quand il dit que cette victoire est le plus beau jour de sa vie politique, il est sincère. Quand il agit en Centrafrique, qu'il est ému devant les corbillards des deux soldats tués, il est touchant, il fait passer un message émouvant. Mais quand il parle en France de la situation économique, politique ou financière, c'est un technocrate froid. On ne comprend pas pourquoi il ne parle pas de manière sincère et avec empathie aux Français quand il aborde ces sujets.

Que pensez-vous du rapport polémique sur l'intégration qui a été remise au Premier ministre ?

Je n'en ai lu que des extraits mais ça ne m'a pas choqué. Je trouve que la France est complètement figée quand il s'agit de discuter de ces questions, surtout que ce rapport est fait par des gens intelligents qui ont des arguments. Mais la réaction du monde politique, celle de l'UMP ou même celle de Hollande, qui hurlent "halte là, la laïcité va être brûlée !", est complètement ridicule. En Allemagne, les petites filles portent le voile depuis longtemps dans certaines écoles et il n'y a pas plus d'intégrisme dans le pays. Ce n'est pas le port du voile à l'école qui a mené à cette situation en France. Actuellement, aucun pays européen n'a trouvé la solution pour intégrer au mieux une religion, qu'elle soit nouvelle ou pas.

Vous avez jugé le paysage politique français décevant. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Les partis politiques m'ennuient profondément, aucun ne trouve grâce à mes yeux. Aujourd'hui, la majorité dit quelque chose, l'opposition dit l'inverse. Et réciproquement. C'est une forme de simplisme et de fainéantise intellectuelle. Vous n'arriverez pas à faire passer une réforme sur la politique, sur l'école, sur la transition énergétique si vous ne faites pas une grande coalition entre les différents partis politiques, les différents acteurs sociaux, syndicats et patronats. C'est ce qui fait défaut en France. Il faut que chacun y mette du sien et il faut que l'opinion publique impose cela aux partis.

Comment se portent les écologistes au niveau européen ?

Europe-Ecologie a raté une occasion en or. On avait levé un espoir aux dernières européennes, avec un score à 17%, un record. Quelque chose semblait émerger, une autre force politique. Mais ça a été la catastrophe après. On n'a pas réussi. Aujourd'hui, Cécile Duflot est impopulaire, elle prend des coups parce qu'elle était responsable des Verts à ce moment-là. Ensuite, il y a eu l'erreur collective de ne pas avoir choisi Nicolas Hulot pour la présidentielle. Aujourd'hui, ils ont une liste équilibrée pour les Européennes, contrairement aux autres partis en France qui se fichent de l'Europe.

Hollande et Fabius ont annoncé qu'ils n'assisteront pas à la cérémonie d'ouverture des JO de Sotchi. Que pensez-vous de ce boycott ?

J'approuve absolument François Hollande dans sa décision, mais j'aimerais qu'il dise clairement pourquoi il n'y va pas, parce qu'il ne supporte plus que les droits de l'homme soient bafoués en Russie. Je ne sais pas s'il est honteux, comme le dit Rama Yade, mais elle n'a quand même pas tout à fait tort. Maintenant, il faut créer un climat pour que les sportifs s'expriment à Sotchi, comme ça s'est fait à Mexico en 1968 avec les poings levés des Noirs américains, ou pour les matchs de hockeys très politisés entre la Tchécoslovaquie et l'URSS (la même année aux Jeux de Grenoble, ndlr).

Quel regard portez-vous sur la jeunesse d'aujourd'hui ?

Je déteste être le grand-père qui donne des leçons aux jeunes. Je trouve cela désagréable. D'autant qu'il est beaucoup plus difficile d'être jeune aujourd'hui. Dans mon temps, on était péremptoire et on pouvait dire n'importe quoi, on avait le droit d'être dingue. Aujourd'hui c'est plus difficile. Je n'ai pas un regard négatif sur les jeunes. Ils essayent, il y en a qui sont admirables. Il faut arrêter d'être dur envers la jeunesse.

Vous ne vous représentez pas aux européennes. Qu'allez-vous faire ?

Je vais sûrement soutenir plusieurs candidats, mais je ne ferai pas campagne pour moi. Ça fait 20 ans que je suis au Parlement européen. Je ne veux pas mourir comme une momie au Parlement en annônant n'importe quoi. Je trouve qu'à 69 ans, on peut faire autre chose que d'être au Parlement européen. Mais je ne vais pas prendre ma retraite politique. Je vais continuer à me battre pour l'Europe. Je ferai partie de cette fameuse société civile qui intervient pour l'intérêt général européen.