Daniel Cohn-Bendit

A quoi EELV sert-il ?

 

A pratiquement rien du point de vue de son impact sur la politique gouvernementale française et, en l’état, à strictement rien du point de vue de la culture politique.

En ce qui concerne la participation gouvernementale, c’est platement la loi du nombre qui s’impose. Quel que soit le degré de responsabilité d’EELV de n’avoir pas su convaincre plus d’électeurs, le fait est qu’avec deux ministres subsidiaires, on peut difficilement s’attendre à une inflexion de la politique gouvernementale en fonction des paradigmes de l’écologie politique.

Ceci est d’autant plus vrai que la culture assimilatrice des socialistes français se traduit par une compréhension restreinte du pluralisme politique et une étanchéité congénitale à la dimension écologiste. Sans parler de l’absence criante d’ambitions pour la construction européenne qui résonne mal avec le projet politique européen qui a conduit à la création d’Europe Ecologie. Un coup dur pour le jeune ministre Pascal Canfin dont le travail avait été remarquable au Parlement européen.

Ce confinement dans l’impuissance et cette accessoirisation de l’écologie politique de la part de la gauche française sont peut-être moins flagrants aux niveaux local et certainement européen où la délégation EELV siège dans le quatrième groupe du Parlement. Toute proportion gardée, évidemment, puisque les écologistes européens représentent à peine 9 % des sièges (58 membres dont 30 sont des femmes, faisant des Verts européens le groupe à l’avant-garde de la parité), sur 766 dont 271 sont conservateurs, 190 socialistes et 85 libéraux auxquels s’ajoutent les nihilistes en tout genre.

Cette particularité européenne permet aux écologistes d’exprimer leur individualité politique, également facilitée par la flexibilité des alliances. Ils peuvent ainsi avoir une influence sectorielle sur la législation sans pour autant parvenir - en raison, une fois de plus, de leur faible nombre au regard des formations politiques traditionnelles -, à faire infléchir radicalement les politiques européennes en vue de leur projet de démocratie européenne post-nationale. Les exemples récents de la réforme de la politique agricole commune et du budget européen l’ont parfaitement montré.

Un véritable fiasco

Venons-en à présent à la culture politique proprement dite. De ce point de vue, on peut parler d’un véritable fiasco. Les évolutions du parti EELV n’ont effectivement pas permis de valoriser le potentiel émancipateur de l’écologie politique aussi bien pour les sociétés que pour les individus. Au contraire, EELV a fini par reconduire les éternelles manies politiciennes dans la pure tradition des autres partis.

Ce que beaucoup ont pu considérer comme l’événement politique majeur des élections européennes de 2009, fut rapidement transformé en simple coup politique par les dirigeants verts. Au lieu de s’inscrire dans la dynamique qui venait d’être amorcée, - c’est-à-dire, de faire de l’ouverture une force et d’oeuvrer à la transformation des comportements politiques - les tenants de la particratie verte ont principalement voulu endiguer les éléments subversifs du projet "Europe Ecologie" pour conserver la main mise sur la secte verte. Autrement dit pour, avant tout, "régner comme avant".

Les déchirements autour de « l’appellation d’origine » étaient d’ailleurs révélateurs du refus des commandants verts d’appliquer à eux-mêmes leur devise "faire de la politique autrement". "Europe Ecologie" s’intitulera désormais "Europe Ecologie Les Verts" et s’exprimera dans la tension permanente de ses pôles. Cette lutte identitaire d’un appareil vert, cherchant exclusivement à préserver le monopole sur les postes à pourvoir, a progressivement démantelé le projet. La méfiance congénitale de l’establishment écologiste ne lui permettant pas de voir dans "Europe Ecologie" autre chose qu’une machination visant à les destituer.

Si l’on peut parler d’une "descente aux enfers" du projet "Europe Ecologie", je ne crois pas pour autant qu’il soit illégitime de s’en revendiquer. Au contraire ! Car si les manigances ont affaibli la crédibilité du projet politique écologiste, il n’en demeure pas moins vrai qu’il continue d’animer un certain nombre d’entre nous à l’intérieur et à l’extérieur, dissidents du parti, pour en défendre la « radicalité démocratique ».