Daniel Cohn-Bendit

Cohn-Bendit : «je m’insurge contre la fainéantise intellectuelle»

 

Le député européen, symbole de mai 68, nous livre sa conception de l'insurrection. Celle d'aujourd'hui et d'hier. La sienne comme celle des autres.

«L’insurrection permanente, c’est maintenant ?». Le thème de ce débat du Forum de Toulouse, organisé par Libération, laissait peu de place aux timorés. Et forcément, Daniel Cohn-Bendit était de la partie. L’ancien leader de la révolte de la Sorbonne, actuel écologiste sans parti d’attache, garde une certaine fascination pour l’indignation. En bon parrain du Forum «Quelle énergie !», il a accepté de prendre quelques minutes pour en parler.

Dans quels domaines doit-on s’insurger en priorité à l’heure actuelle ?

Ça dépend d’où on est ! Moi je m’insurge contre la fainéantise intellectuelle, ceux qui répètent jour et nuit la même chose, qui placent de l’idéologie sur le moindre fait. Et le fait aussi qu’on dise n’importe quoi sur l’Europe. On demande à l’heure actuelle à l’Union européenne d’intervenir sur ce qui se passe à Lampedusa. Mais l’Europe n’a pas la main sur tout ! Dans ce cas-là, ce sont les ministres de l’intérieur qui ont la décision entre les mains !

S’insurger, s’indigner... Que reste-t-il du mouvement d’indignation lancé par Stéphane Hessel ? On a l’impression que la dynamique n’y est plus...

L’indignation, la révolte, c’est comme les marées, ça monte et ça descend, ça change. Les raisons de l’indignation restent. Indignez-vous a déclenché l’indignation physique, mais comme toujours, ce sont des moments spécifiques. Le mur de Berlin, le printemps arabe... Ça reviendra, il faut juste accepter de se faire porter par l’histoire...

«Personne n’a le courage de remercier nos chers aînés lanceurs de pavés, en les priant de céder la place», écriviez-vous récemment dans Libération. Bientôt la retraite pour vous, allez-vous continuer à vous insurger ?

J’en sais rien pour le moment, on en reparlera dans un an. D’ici là je vais continuer mon travail de député européen et m’insurger sur les sujets que j’ai déjà cités, le manque de lucidité sur l’Europe, le nationalisme à outrance...

Que reste-t-il aux écologistes français pour s’insurger ?

Excellente question ! il faudrait leur demander...

Steven Gouaillier, étudiant en journalisme à l'EJT