Daniel Cohn-Bendit

EPR: « Nous n’avons pas les moyens de le financer »

Le Parisien - 05.12.2012 

L’eurodéputé Daniel Cohn-Bendit est de plus en plus sceptique sur les choix actuels du gouvernement en matière d’environnement.

Vous regrettez que le gouvernement ait confirmé sa volonté d’ouvrir l’EPR de Flamanville en 2016?

Daniel Cohn-Bendit. Il faut arrêter maintenant! Le gouvernement sait-il compter? Vu la situation budgétaire, comment pense-t-il financer ce projet qui va coûter encore deux milliards de plus que prévu? Il faut dire la vérité aux Français : nous n’en avons pas les moyens. Surtout que ce n’est pas le seul projet coûteux, regardez la ligne TGV Lyon-Turin… La situation de nos finances doit rouvrir le débat sur ces projets, comme sur celui de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes…

Justement, sur Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement a fait un pas en créant une commission de dialogue…

Cette commission a dit elle-même qu’elle était là pour « écouter ». Mais une fois qu’ils auront écouté, ils vont faire quoi? Par ailleurs, elle a été composée par Matignon alors qu’il aurait été plus intelligent de le faire en accord avec tous les acteurs du dossier. Je suis très dubitatif…

Pensez-vous, comme Noël Mamère, que les ministres écologistes doivent partir?

Je ne me pose pas tous les matins cette question. Il faut continuer à défendre nos positions, mais le gouvernement ne doit pas nous demander d’approuver les 8,5 milliards dépensés pour l’EPR. Le rôle des écologistes est d’essayer de faire évoluer les positions du gouvernement avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord.

Pourquoi participez-vous aujourd’hui au Sénat à une discussion avec Jean-Louis Borloo, Nicolas Hulot, NKM et d’autres sur l’écologie « au-delà des partis »?

Dans chaque gouvernement, les écologistes ont des difficultés à défendre leurs positions. C’est le cas aujourd’hui dans l’équipe Ayrault, c’était déjà le cas dans les gouvernements précédents. On l’a bien vu lors des débats sur la taxe climat-énergie. Ce qui m’intéresse, c’est comment les écologistes de tous bords peuvent travailler pour imposer une logique de transition écologique et voir si, malgré nos différences, nous pouvons avoir des intérêts communs.

Vous lancez vendredi votre think tank Ecolo Europa avec un débat sur l’Algérie et l’Europe. Vous vous éloignez définitivement d’Europe Ecologie-les Verts?
Tout le monde connaît nos divergences et je suis aujourd’hui en marge d’EELV. S’ils veulent m’inviter à discuter avec eux, je ne refuserai pas. Mais je ne parlerai plus en tant que personnalité d’EELV, nous avons trop de désaccords.