Si les mois à venir étaient une chanson, elle s’intitulerait sûrement « 2012, année politique ». Et pas seulement en raison de ce qui va se jouer en France au printemps prochain... Car d’autres pays – et non des moindres – éliront eux aussi et très prochainement leur président. Sans oublier la Russie, je pense évidemment aux Etats-Unis.
Malgré la bonne image dont il jouit toujours à l’international, et en dépit de la réputation assez désastreuse de ses concurrents, Barack Obama n’est, en effet, pas assuré de sa réélection. Lui, qui en 2008 incarnait l’espoir et le changement, entonne désormais – au sens propre – l’air de l’amour et les refrains d’Al Green durant ses réunions publiques... Il lui faut reconquérir des électeurs qui, entre temps, sont passés d’une fascination pour son charisme à une « bored attitude »; un sentiment de déception larvée, à la hauteur des espoirs qu’il avait suscité. Il faut dire que, dans l’intervalle, peu de choses ne lui auront été épargnées. Une crise financière sans précédent, l’enlisement militaire en Afghanistan et en Irak, l’affirmation de la puissance chinoise sur la scène mondiale...
Mais, plus encore, c’est le blocage dans lequel le système politique américain s’est progressivement enferré au cours des quinze dernières années qui est, à mon sens, la cause principale de ce désenchantement généralisé. Aux Etats-Unis, quand il y a concordance entre le pouvoir exécutif (la Maison blanche) et le pouvoir législatif (le Congrès), ce dernier, au contraire de chez nous, se pose en contrôle démocratique des décisions du Président. Mais lorsque le Président et son Congrès sont de couleurs opposées – et c’est le cas depuis 2010 – l’action du premier est alors totalement entravée par un antagonisme pur et dur, sans possibilité de compromis. C’est là une situation assez nouvelle aux Etats-Unis et qui a commencé sous Clinton quand Newt Gingrich présidait la Chambre des Représentants. Mais c’est surtout sous l’ère Obama que la droite américaine a choisi de mettre un terme au principe du « by partisan » qui permettait de trouver certains accords ponctuels entre démocrates et républicains pour ne pas bloquer la machine politique.
La radicalisation de la droite américaine et son profond éclatement en familles idéologiques quasi-inconciliables a ainsi fini par avoir raison du fonctionnement conventionnel de la démocratie aux Etats-Unis. Les primaires qui se déroulent actuellement illustrent bien ces deux phénomènes. Si Mitt Romney paraît prendre le dessus, il aura bien du mal à concilier sa position conservatrice et très opportuniste avec les celles des populistes du Tea party, des libertariens, des isolationnistes ou encore des intégristes religieux... Tant mieux pour Obama, me dira-t-on... Pas sûr ! Car celui-ci, même réélu, risque de se retrouver dans une cohabitation délicate avec un Congrès ultra-droitier et totalement déchaîné.
Dans un monde plus globalisé que jamais, tout semble inciter l’Amérique à un repli sur elle. Il ne s’agit même pas d’un isolationnisme classique dont les Etats-unis ont parfois le secret. Non, la chose est plus grave : une absence totale de vision et de compréhension d’une planète en pleine mutation et en profonde effervescence. Il y a quelques années, j’ai débattu avec Richard Pearl, l’un des principaux « faucons » du courant néo-conservateur. A l’époque, j’en étais sorti assez atterré... Aujourd’hui, j’en viens presque à regretter ce temps où les responsables américains savaient encore qu’il existait un monde qui les environnait !
Que les Américains ne se perçoivent plus en gardiens planétaires – et impérieux – de la démocratie est bien sûr une bonne chose... Mais qu’ils se refusent de jouer le rôle qui leur échoit aux côtés des autres dans le concert des nations est, je crois, est un véritable danger pour l’avenir.