Daniel Cohn-Bendit

Hors du nucléaire, le salut

Libération - 25.11.2011 

En amont du forum Libération, où Daniel Cohn Bendit débattra avec Anne Lauvergeon, retrouvez la tribune de Dany Cohn Bendit parue le 25 novembre dans Libération
 

Sortir du nucléaire ? Oui, mais à quel prix ? Et avec quelles conséquences ? Tels sont les grands axes du débat qui agite la France depuis que l’Allemagne a réaffirmé sa volonté de sortir du nucléaire d’ici à 2022. Alors que Fukushima a démontré que le risque zéro en matière nucléaire n’existe pas, que les gisements d’énergies fossiles s’amenuisent, il est temps de réfléchir aux alternatives qui s’offrent à nous. Malheureusement, en France, les gouvernements successifs s’emploient à promouvoir le nucléaire, érigé désormais en dogme, au détriment des énergies renouvelables et des économies d’énergie, seules à même d’assurer notre autonomie énergétique dans les prochaines décennies.

La fin de l’énergie «facile», l’accès aux hydrocarbures et autres énergies fossiles à un moindre coût est désormais révolue : le prix du baril de pétrole s’est envolé au cours de la dernière décennie, les réserves déclinent. Et nous amène à ce constat : l’urgence de la transition énergétique s’impose à nous. Une transition qui suppose des investissements dans la sobriété et l’efficacité d’une part, le développement des énergies renouvelables d’autre part, et surtout une sortie du nucléaire.

Divers arguments pour justifier la position de la France ont été entendus : une sortie du nucléaire aurait un coût exorbitant, occasionnerait une multiplication du prix de l’électricité par quatre, occasionnerait des pertes d’emplois…

Des arguments qui ne tiennent pas si l’on se penche sur la question. Un coût exorbitant ? L’association Global Chance, constituée d’experts indépendants, a démontré qu’une sortie du nucléaire en France coûterait 410 milliards d’euros, contre 470 milliards pour le renouvellement du parc nucléaire. Des chiffres qui prouvent la faisabilité d’un scénario «sortie du nucléaire», surtout si l’on ajoute le coût supplémentaire qu’occasionnerait la remise aux normes des réacteurs existants en matière de sécurité.

Des destructions d’emplois ? De nombreuses études ont d’ores et déjà fait la preuve du fort potentiel des nouvelles filières énergétiques en termes d’emplois qualifiés et non délocalisables. Un potentiel qui se chiffre en centaines de milliers d’emplois au niveau français. Une transition énergétique qui n’est d’ailleurs pas dénuée d’aspects socio-économiques. Ainsi, diminuer notre consommation d’énergie de 20% à l’échelle de l’Union européenne aurait pour répercussion une réduction de sa facture énergétique de l’ordre de 100 milliards d’euros, mais permettrait aussi la création d’un million d’emplois. Et les ménages économiseraient 1 000 euros par an sur leurs factures d’énergie. Comment ? En entreprenant un vaste programme de rénovation des bâtiments existants qui, outre la création de nombreux emplois, permettrait de s’attaquer à la situation de précarité énergétique dont souffrent bon nombre de nos concitoyens.

Favoriser le développement des énergies renouvelables suppose d’établir un cadre légal durable, un système de tarifs de rachat stable et des mesures de soutien à une industrie en développement. Le Grenelle de l’environnement était un premier pas. Orientations qui ont depuis été remises en cause au gré des aléas économiques et politiques. L’heure n’est plus aux atermoiements et à l’indécision. Nos choix sont cruciaux et déterminants pour notre avenir et marqueront notre environnement pour les cinquante prochaines années à venir.

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