La Grèce a renoncé au référendum que Georgios Papandréou voulait organiser. Que n’a-t-on entendu à propos de celui-ci ! « Irresponsable » et « indigne de confiance » pour Merkel-Sarkozy, « fossoyeur de son pays » selon les caciques de la droite grecque... Qu’importe, au passage, que cette même opposition ait lutté de toutes ses forces et par pur opportunisme contre le plan européen que Papandréou se voyait contraint d’accepter, et dont elle disait craindre le refus populaire ! Qu’importe que Merkel et Sarkozy aient tant tardé à s’entendre sur les prémisses d’une solution européenne à la crise de la dette ! Qu’importe que ces derniers n’aient même pas tenté de convaincre les conservateurs grecs qui siègent pourtant dans le même groupe qu’eux au Parlement européen...
Le problème, c’est que Papandréou avait raison de vouloir ce référendum. Car ce qu’on lui impose, c’est une brutale cure d’austérité sans aucune contrepartie, ni investissements ; une punition dépourvue de vision d’avenir. Comme si l’on pouvait faire repartir une économie uniquement à base de coupes budgétaires, ou imposer une forme assez bâtarde de gouvernance économique sans placer celle-ci sous une autorité démocratique. Comme si la solidarité européenne devait être synonyme de châtiment...
Au surplus, la Grèce endettée ne ressemble pas à la France ou à l’Allemagne endettées. Ces dernières ont au moins pour elles d’être des sociétés largement libérées de leurs pesanteurs passées. Quand la Grèce a intégré la Communauté économique européenne en 1981, elle sortait à peine de la dictature des colonels, dont elle portait – et porte encore – certains des stigmates. Sa constitution est toujours placée sous le signe de la Sainte Trinité. L’inscription de la religion n’a disparu de la carte d’identité nationale qu’en 2001 et l’éducation religieuse orthodoxe obligatoire qu’en 2008. Le clergé, rémunéré par l’Etat et disposant d’un très grand poids économique, ne paie toujours aucun impôt ! Le poids budgétaire de l’armée demeure disproportionné : 4 % du PIB du pays contre environ 2 % en France ou en Allemagne ! Pourquoi le plan concocté par l’Europe et le FMI ne s’attaque-t-il pas à ces aberrations ? Je ne cherche pas ici à innocenter Les Grecs et leurs dirigeants politiques – démocratiquement élus – de leur part de responsabilité.
Mais en proposant un référendum, Papandréou a fait le pari intelligent de la responsabilisation politique de son pays. Il a pris à contre-courant non seulement les dirigeants européens, mais aussi une société aux nombreux archaïsmes. Cette sortie du cadre consensuel de la politique routinière était un appel à trancher entre le refus de la rigueur et la volonté de rester Européens : elle offrait aux Grecs une possibilité d’en finir avec l'infantilisation dans laquelle on les baignait. En même temps, elle forçait Paris, Bruxelles et Berlin à réfléchir (enfin !) plus profondément à la fédéralisation de la question de la dette et des investissements et à l’idée d’une véritable solidarité continentale qui aurait permis aux pays en difficulté de se moderniser pleinement en se réformant, mais aussi en acquérant la capacité à refaire des projets. Mais les chefs d’Etats et de gouvernement européens ont préféré le risque d’effondrement politique au prétexte d’éviter celui des marchés... Ce sont désormais ces derniers qui prétendent décider du fonctionnement politique et du cadre des réponses.
Reste quand même à savoir ce que l’on veut ! Car La modernisation économique d’un pays passe nécessairement par la modernisation idéologique et politique de sa société. A moins qu’on cède aux sirènes des marchés qui semblent aujourd’hui préférer les modèles chinois ou russe au détriment de l’expression démocratique...