DANIEL COHN-BENDIT 1994 - 2014 - page 9

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nous pouvons revendiquer le succès denotre politique de voisinage qui a d‘ailleurs
permis la sécurisation de nos frontières. Sans parler de la résurrection du projet
défunt d‘août 54grâce auquel les Européensnedépendent plus des Etats-Unis pour
assurer leur propre sécurité.
L‘architecturecommunautaireadoncprisdu tempsavantde se renforceret l‘his-
toire nous apprend que les Etats n‘ont pas saisi du jour au lendemain leur intérêt
commun. Leur impuissance toujours plus flagrante sur la scène internationale a
finalement forcé lepas à la communautarisationde laPESC en y intégrant un volet
axé sur la sécurité d‘approvisionnement énergétique -idée défendue avec vigueur
par un fonctionnairedanois à lamémoireduquel fut érigé lemonument au foncti-
onnaire inconnu (fonctiondiplomatique oblige). Dans la foulée l‘idée d‘un siège de
l‘UE auxNations-unies fut acceptée. Enfin, l‘UE pouvait se consacrer à rééquilibrer
les rapports entre les différentes régions dumonde.
Comprenons donc bienque l‘évidence d‘aujourd‘hui n‘est pas celle partagée par
les Européens d‘autrefois. A chacun des pas de l‘intégration communautaire, les
chefs d‘états et de gouvernement étaient pratiquement pris de convulsions. L‘une
des plus terribles fut sans doute celle qui précédât le „miracle du Bosphore“. La
Turquie, pays de transit important pour l‘approvisionnement gazier et pétrolifère
destinéà laconsommationeuropéenne, avait suscité lespires crispations au seinde
notre continent.
L‘adoption du traité fondamental permettant son adhésion ne fut pas un jeu
d‘enfant. Et, aujourd‘hui encore, c‘est avec une certaine amertume que nous nous
penchons sur cette phase „obscurantiste“ de notre Europe du début du 21è siècle.
Les déchirements sur la référence ou non des valeurs chrétiennes présageaient du
climat de fermetureque cet Europe connut. Le succès de l‘offensivedudéfunt Pape
Benoît 16, pour qui la loi divine prévalait sur les lois temporelles, était tout aussi
révélateur. Dans son sillon, des pays comme la Pologne interdirent l‘avortement et
évincèrent labiologiedeDarwinauprofitducréationniste.D‘autre s‘enlisèrent sui-
te à l‘adoption de lois réactionnaires visant la procréation assistée, lemariage ho-
mosexuel ou déboutant toute possibilité d‘avancée enmatière de biotechnologies.
Aujourd‘hui encore, nous en payons les frais. Dans un autre style tout aussi dom-
mageable, leprésident français de l‘époque instauraunministèrede l‘immigration
et de l‘identité nationale. On avait l‘impression d‘avoir à tout jamais abandonné
la voie de l‘Europe ouverte et éclairée. La léthargie du continent européen en ce
début de 21è siècle ne faisait qu‘alimenter ce climat trouble. Quant aux prévisions
démographiques, elles n‘avaient rien d‘encourageant pour les générations futures.
Il fallut attendre la réformedu systèmedes retraites, permettantnotamment à cha-
cunde choisir lemoment de sondépart, desmesures drastiques stimulant l‘emploi
des femmes et des personnes plus âgées, une certaine reprise de la fertilité, le tout
combiné à une politique européenne d‘élargissement soutenable et d‘immigration
légalepourpermettre la relancedes sociétéseuropéennes. Ence 25mars2057,nous
pouvons affirmer que cet âgede l‘UE est révolu.
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