DANIEL COHN-BENDIT 1994 - 2014 - page 8

dégâts ne se firent pas attendre tant pour les nappes phréatiques que pour la santé
publiqueà causede la contaminationpar desmétaux lourds et particules fines aux
alentours des exploitationsminières.
Des années durant, les Etats s‘opposèrent à revoir drastiquement leur politique
énergétique en se fixant notamment des objectifs clairs pour chacun des secteurs
clésdont ceuxdes transportsetdubâtimentqui consommait encoreà l‘époqueprès
de 40% de l‘énergie utilisée dans l‘UE. Cette lenteur du démarrage fut la cause de
leur faiblessedans lesnégociations entamées àBali sous l‘égidedesNations-Unies à
la finde l‘année2007.
C‘est sans doute l‘échec de l‘attentat contre la centrale nucléaire de Chinon en
Francequi aproduit le soubresaut. Bienque certains pays avaient emboîté lepas au
Danemark qui devint très tôt le premier exportateur mondial en technologies de
pointedans le secteurdes renouvelables, laFrance, elle, avait choisi deprivilégier le
nucléaireet lesbiocarburants.Déclencheuroupas, c‘est à la suitede cet événement
que les Européens adoptèrent finalement un pacte de stabilité climatique. Calqué
sur lemodèledupactede stabilitébudgétaire, des sanctions furent enfin instaurées
contre les étatsmembres „récidivistes“. Epaulépar le renforcementdesdispositions
communautaires dans le secteur énergétique, désormais abordé sous sesmultiples
facettes, mais également par le passage du vote à lamajorité qualifiée enmatière
fiscale, ce pacte climatique, fondé sur une logique de rationalisationde la consom-
mation et de l‘efficacité énergétique, nous apermis d‘atteindre, il yamaintenant 7
ans, l‘objectif de réduction de80%des gaz à effet de serre fixé il y a50ans.
C‘est aussi ce pacte qui a permis aux Européens de convaincre leurs partenaires
mondiaux à s‘engager dans une politique de réductiondrastique des gaz à effet de
serre. Ce gain en crédibilité est ce qui a ouvert la voie aux accords mondiaux de
Kyoto+etpermis lamiseenoeuvred‘un système international efficaced‘échangede
droits d‘émissions enCO2.
Une fois de plus, les Européens auront eu besoin d‘une expérience traumatique
pour comprendre l‘Europe constitue leur espaceàgouverner. En regardant loinder-
rière nous, dans cette préhistoire de l‘UE qui, pour renaître de ses cendres, a dû
accoucherde l‘unedes innovationspolitiquesmajeuresà savoir, la souverainetépar-
tagée basée sur la reconnaissancemutuelle des partenaires, nous comprenons, 100
ans plus tard, le caractère visionnaire de ce projet. Les déboires de la construction
européenne ne font qu‘attester de l‘envergure politique des pères fondateurs qui
ont, en quelque sorte, prédisposé l‘Europe à l‘ouverture et à l‘appréhension des re-
lations internationales sousunanglenouveau irréductible à labarbariede la force.
Sans cette prédisposition de l‘Europe aumultilatéralisme, jamais la conférence
régionale sur l‘eau, dans laquelle les pays duMoyen-Orient ont pu s‘investir sur des
aspects concrets de lagestionde cette ressource vitale, n‘auraient pu voir le jour.
Et, à l‘heurequi l‘est, nouspouvonsaffirmerque lapolitiquedevoisinagede l‘UE
a porté ses fruits. Evidemment, tout n‘était pas si clair quand les soldats de l‘admi-
nistration de G.W. Bush s‘empêtraient en Irak. Ce n‘est donc qu‘avec le recul que
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