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Des militants de Greenpeace ont envahi mercredi les tribunes de l'Assemblée nationale. Cela vous fait sourire ?
Daniel Cohn-Bendit : Ça me fait rire même. Je suis admiratif devant l'imagination et le sens de l'agenda de Greenpeace.
Jean-Luc Mélenchon : Franchement, on ne peut pas recommander de faire ça. Et il ne faudrait pas qu'un abus en autorise un autre. J'ai appris que le bureau du député Noël Mamère avait été investi par les policiers pour y rechercher une banderole. Ça, c'est absolument inacceptable. L'enceinte du Parlement est sacrée.
Greenpeace voulait attirer l'attention sur le sommet de Copenhague. Que va-t-il en sortir ?
D. C.-B. : Il faut un sursaut. Avec les propositions qui sont sur la table, nous n'enrayons pas la catastrophe écologique. L'Union européenne doit donner l'exemple. Elle doit faire plus sur l'aide aux pays pauvres et sur la réduction des émissions de CO2.
Etes-vous un adepte de la décroissance comme le dit Nicolas Sarkozy ?
D. C.-B. : Sarkozy a sorti ce truc de décroissance comme il avait sorti avant la présidentielle ses attaques contre Mai-68. Il a toujours besoin de trouver un adversaire. La décroissance en général, ça ne veut rien dire. Il faut que les énergies qui produisent du CO2 décroissent et que parallèlement les énergies renouvelables se développent.
J.-L. M. : Là-dessus, on se rejoint. Il faut manger davantage, mais ne pas bouffer n'importe quoi ni produire n'importe comment.
Comment réagissez-vous à la votation suisse contre les minarets ?
J.-L. M. : Ce qui est incroyable, c'est qu'on puisse poser une question pareille. C'est comme si on disait en France "on va faire un référendum...
D. C.-B. : ... sur le thème : les juifs sont-ils bien ou mal ?"
J.-L. M. : Ça devrait nous servir de leçon. On ne peut pas mettre sur la table n'importe quel sujet et dresser les gens les uns contre les autres. C'est comme ce débat absurde sur l'identité nationale. Cohn-Bendit et moi, on est mal. Mon grand-père était espagnol. Le sien est allemand. Où va-t-on comme ça ?
Quel est votre objectif aux élections régionales ?
D. C.-B. : Stabiliser Europe Ecologie comme troisième force politique et faire des régions l'instrument de la transformation écologique et sociale. Si elles travaillaient ensemble, les régions pourraient être un contrepoids important à la France de l'UMP.
Le Parti socialiste ne joue-t-il pas ce rôle du contrepoids ?
D. C.-B. : Les socialistes ont 22 régions et 22 barons qui ne s'occupent que d'eux-mêmes.
Europe Ecologie peut-elle emporter une région ?
D. C.-B. : C'est improbable, mais pas impossible. En Ile-de-France, en Rhône-Alpes, en Midi-Pyrénées, un tas de militants du Parti socialiste nous disent : "On n'en peut plus".
J.-L. M. : J'ai une proposition à faire à Daniel Cohn-Bendit. Au premier tour, le Front de gauche et les Verts y vont chacun en autonome et au deuxième tour nous nous entendons.
Nous pouvons passer un accord préalable. Mais à une condition : pas de Modem.
D. C.-B. : Je ne veux pas d'accord sur le dos du PS. Et je ne suis pas pour l'exclusion du Modem. La force politique qui arrive la première dans une région aura la tâche de fédérer.
Daniel Cohn-Bendit est eurodéputé, leader d'Europe Ecologie.