EGL : Quelles sont les difficultés d'une campagne à 27 autour des questions écologiques en sachant que dans les "nouveaux" Etats membres les partis verts sont parfois très récents ou très faibles ?
Daniel Cohn-Bendit : Nous allons défendre dans les 27 Etats membres ce qu'on appelle le New Green Deal. Et en Pologne il faut expliquer que s'ils veulent s'en sortir ils ont besoin que l'Europe investisse chez eux pour qu'ils changent leurs centrales de charbon, etc. Mais c'est vrai que nous aurons peu de succès en Pologne. Il faut distinguer « les nouveaux Etats Membres » car ils ne forment pas un groupe homogène. Il y a des pays comme la République tchèque, la Hongrie ou la Lettonie où la plateforme écologie a ses chances. Et de toute façon dans certains pays du Sud l'argumentaire écologique passe difficilement, notamment en Espagne.
EGL : Quels sont les grands thèmes de votre campagne ?
Daniel Cohn-Bendit : Tout d'abord, il faut transformer les modes de production. Nous avons besoin de l'écologie pour répondre à la crise économique et créer des emplois. L'écologie, comme bouclier social de protection, passe par un grand investissement européen et un grand prêt européen. Ensuite, il y a l'aspect politique. Il faut s'attaquer au Président de la Commission : Barroso. Stop Barroso ! Il faut faire émerger une majorité alternative. Et notre troisième thème c'est la reprise du processus constitutionnel. L'Europe a besoin d'une autoréflexion sur son avenir si l'on veut poser de manière intelligente la question de l'élargissement à l'Ukraine et à la Turquie.
EGL : Comment voyez-vous votre coopération avec les socialistes français ? Qu'attendez-vous de Martine Aubry ?
Daniel Cohn-Bendit : Le problème de Martine Aubry, ou des socialistes français, c'est qu'ils doivent nous dire comment ils vont faire pour lutter à l'intérieur du Parti socialiste européen, alors que vous avez Gordon Brown, vous avez Zapatero et vous avez Socrates qui se sont prononcés pour Barroso. C'est la même chose avec le Modem ! Marielle de Sarnez dit avec raison « moi je suis contre Barroso », mais Graham Watson dit « moi je suis pour Barroso », et ils sont dans le même groupe. Il faut donc politiser aussi la campagne. C'est bien beau ce que vous dites mais ça c'est votre groupe, ça c'est le vôtre, ça c'est le nôtre. C'est la même chose quand les socialistes français ont fait un plan de relance par la consommation, il n'y a rien sur la relance écologique ! Et quand on a voté la semaine dernière sur les voitures, qu'est ce qu'ils ont voté tous ? Il faut donner des exemples pratiques de ce que font les uns et les autres. C'est trop facile de dire « moi je suis pour ci, moi je suis pour ça ».
EGL : Merci beaucoup de nous avoir accordé cet entretien.