Elisabeth Martichoux : Bonjour, Daniel Cohn-Bendit.
Daniel Cohn-Bendit : Bonjour.
Vous êtes la vedette des journées d'été des Verts à Toulouse où vous devez intervenir demain. L'Afghanistan, d'abord, Daniel Cohn-Bendit, où sont morts au combat dix soldats français cette semaine. Est-ce que comme votre ami Vert Noel Mamère, qui le faisait d'ailleurs sur RTL, vous accusez le président français d'avoir, je cite, "lancé l'armée dans un bourbier" ?
Non, je veux dire, c'est pas le président actuel, c'est depuis 2001 que la France est en Afghanistan. Je crois que le problème de l'Afghanistan, c'est on ne peut pas le voir que militairement. Ou il y a une stratégie de reconstruction de l'Afghanistan, d'aide au développement, et alors l'armée et les militaires aident en se battant contre les Talibans à ce développement ; ou l'armée française, mais les armées internationales, puisqu'il y a des Allemands, il y a énormément de soldats en Afghanistan, sont considérés comme des occupants. Et aujourd'hui, on n'arrive pas à faire avancer la stratégie du développement en Afghanistan.
Vous êtes donc résolument favorable, si je comprends bien, à une intervention de l'armée. Vous l'avez d'ailleurs toujours été. A condition que la vision ne soit pas que militaire...
Oui, je crois qu'il faut mettre en avant la reconstruction civile. Et mettre l'armée au service de cette reconstruction civile, de développement de l'Afghanistan, qui est quand même l'un des pays les plus pauvres du monde.
Vous aviez piqué une grosse colère à Strasbourg sur un tout autre sujet, mais qui vous tient à cœur, on l'avait vu à ce moment là, c'est la Chine. Une grosse colère à Strasbourg contre la venue du président français à la cérémonie d'ouverture à Pékin. Les jeux se terminent, Daniel Cohn-Bendit, ce sera dimanche. Personne n'a bronché finalement. Ni les politiques, ni les sportifs. On vous d'ailleurs pas tellement entendu non plus pendant la quinzaine sportive. Ca se passe comme les Chinois l'espéraient, dans le fond ?
Oui, c'est une victoire des Chinois. Mais ça on l'avait toujours dit : si la cérémonie d'ouverture, qui est l'acte politique majeur des JO, se passe comme les Chinois le veulent, après les jeux se passent comme les Chinois le veulent. On peut, oui on peut, j'ai fait des déclarations, mais ça sert à rien, on dit toujours la même chose. Il y a l'ordre règne à Pékin.. C'est-à-dire que ceux qui sont des dissidents, sont arrêtés en prison, la torture continue. Les arrestations à domicile continuent, etc. C'est la réalité de Pékin aujourd'hui.
Tant de médailles pour la Chine, donc... 46 en or, ce matin au compteur, 83 au total, ça vous impressionne ?
Non, parce que l'Union européenne en a plus. L'union dans la diversité. Si vous comptez les médailles de l'union européenne, l'Union européenne est en avance. Ce qui symboliquement montre ce que pourrait être l'Europe si on avançait vraiment dans cette construction européenne...
Le dossier chinois toujours. Avec le Dalai Lama qui est en France. Finalement, il y aura foule dans l'Hérault, tout à l'heure, pour rencontrer le Dalaï Lama, deux ministres, Bernard Kouchner et Rama Yade, l'épouse du président Carla Bruni-Sarkozy, la gauche disait que le porte-parole du peuple tibétain serait reçu dans une certaine indifférence par le pouvoir. Ce n'est pas vrai ?
Non, puisque il y a eu tellement de protestations que le pouvoir a fait marche arrière. Au début, ça devait être que Carla Bruni, puisqu'on voulait pas provoquer les Chinois, et vue la pression qui a eu en France, eh bien Bernard Kouchner a dû s'y mettre, et donc voilà, maintenant c'est en fait le président sera peut être l'invité surprise cet après-midi à Lodève.
Ah, vous y croyez...
Non, mais pourquoi pas ?!
Alors, en tout cas, vous vous êtes l'invité à Toulouse des journées d'été des Verts. Et vous allez donc leur proposer, aux Verts, d'être candidat en France aux Européennes de l'an prochain s'ils acceptent de se fondre dans une liste commune avec José Bové, des proches de Nicolas Hulot, des associations, pourquoi pas Corine Lepage... Tout ce monde peut s'entendre ? C'est bien réaliste ça ?
Bah, il faut être réaliste et demander l'impossible. La galaxie, si vous voulez, de l'écologie, c'est ça. Et aujourd'hui, face à l'urgence écologiste, face à l'urgence de la solidarité, il faut se montrer capable de rassembler, et il y en a assez de croire que c'est dans son pré carré parce qu'on a raison tout seul qu'on va changer le monde et qu'on va arrêter les dégradations écologiques.
Vous trouvez que les Verts français se regardent trop le nombril ? Ils doivent s'ouvrir ou mourir. Ils avaient fait 1,5% à la Présidentielle.
Ils se regardent, non... Oui... Il sont dans un coin maintenant, je veux dire... Le débat sur l'environnement, le débat sur le développement durable, le développement soutenable, est un débat central pour nos sociétés, et je crois que les Verts doivent en changeant l'offre politique, en permettant, en s'activant, que cette politique s'élargisse, donner justement plus de poids à l'écologie politique.
Mais c'est vrai que la démarche est complètement nouvelle pour eux. Les Verts, qui pèsent donc très peu électoralement, vous leur demandez malgré tout de se fondre dans un vaste ensemble qui risque de les diluer ; et leur démarche, en général, c'est d'intégrer, c'est pas de s'intégrer à un groupe.
Non, je crois pas qu'ils se diluent, parce qu'en fait sur le contenu on peut se mettre d'accord. Les Verts resteront une force, un pilier important de cette nouvelle offre politique. Donc ça donne une chance aux Verts avec une nouvelle pratique politique, donc de faire de la politique autrement, justement de pouvoir rebondir après les Européennes si ça marche, pour les grandes échéances régionales, etc.
Mais sur le contenu, par exemple José Bové, qui a voté non aux Européennes, vous verts, européens de longue date, eh bien c'est compatible ?
Eh bien, oui et non... puisque José Bové, quand on s'est rencontrés, on est d'accord qu'aujourd'hui, les échéances pour s'attaquer à la dégradation climatique, pour plus de solidarité, en Europe, et de l'Europe avec les plus démunis dans le monde, pour plus de transparence démocratique, l'espace européen est l'espace incontournable. Donc José Bové est d'accord qu'il faut s'investir dans l'espace européen pour que les politiques européennes changent pour que justement nous soyons à la hauteur des défis. Donc nous sommes d'accord sur la nécessité de la construction européenne.
Encore une fois, c'est la démarche encore une fois qui est très difficile à mettre en œuvre. Vous leur demandez. Qui sera leader ? Bové, vous, les amis d'Hulot ?
Il y a huit régions. Je crois qu'il devrait y avoir plusieurs personnalités, des verts et des autres, qui, puisqu'il y aura huit têtes de listes, symboliseront justement cette nouvelle offre politique. Donc après sera leader. On sera tous leader. Enfin il y aura sept-huit leaders, moi je jouerai un rôle. Mais je dis, ma liberté personnelle elle est là : ou on arrive à faire ce rassemblement en France, et je serai candidat en France ; sinon, eh bien je serai candidat en Allemagne. C'est la seule liberté que j'ai et c'est la seule arme. C'est de dire : dans l'union, j'y suis, dans la désunion, je suis pas là...
Et c'est à prendre ou à laisser, leur dites vous.
Auteur : Elisabeth Martichoux