"Trop de pays avancent encore à reculons"

25 juin 2007

Interview de Daniel Cohn-Bendit - Libération

Avec cet accord, l'Union européenne sort-elle de la crise ?

Ce sommet a donné un spectacle indigne et déprimant, montrant que trop de gouvernements avancent à reculons pour la construction européenne. Face aux défis de la mondialisation, de la dégradation climatique ou de la montée de conflits, nous avons besoin d'une Europe capable d'agir. Or, nous n'arriverons pas à la mettre au niveau nécessaire avec le système de l'unanimité et donc de la tyrannie de la minorité. Je suis aussi choqué que des chefs d'Etats et de gouvernement aient perdu leurs temps à décider que le drapeau européen et l'Hymne à la joie ne font plus partie de nos symboles communs alors que, pour la première fois, un président français s'est fait photographier, pour l'image officielle apposée dans les bâtiments publics, à la fois à coté du drapeau de l'UE et du tricolore.

Comment jugez-vous ce "traité simplifié" ?

Il contient de réelles avancées, comme l'élargissement des décisions à la majorité qualifiée ou la codécision pour le Parlement européen. Nous voterons donc en faveur du mandat qui sera donné à la Conférence intergouvernementale pour élaborer la version définitive du texte. En effet, il ne s'agit pas encore d'un traité mais juste d'un cadre donné aux représentants des Etats. Et il faudra encore qu'il soit voté à l'unanimité par les chefs d'Etats et de gouvernement. Ceux qui pensent que tout est réglé se trompent complètement. En outre, beaucoup de nos espoirs sont restés lettre morte, par exemple la charte des droits fondamentaux. Elle ne deviendra réalité que pour les pays qui le veulent bien. Tony Blair a obtenu qu'elle ne s'applique pas à la Grande-Bretagne, parce que cela l'obligerait à accepter une législation sociale dont elle ne veut pas. On ne peut plus alors parler de valeurs communes au sein de l'Union. La charte apporte quelque chose d'essentiel et de nouveau, la reconnaissance de droits sociaux fondamentaux aux côtés des libertés garanties par la déclaration européenne des droits de l'homme.

Vous regrettez aussi la frilosité de certains Etats...

Nous ne pourrons pas faire avancer l'Europe avec ceux qui ne la veulent pas. Je ne souhaite pas une Europe à deux vitesses. Il nous faut nous battre pour une véritable Constitution, à approuver lors d'un referendum européen avec double majorité, celle des peuples et celles des Etats. Ceux qui ont dit oui ou approuvent finalement le texte construisent l'Europe, instaurant avec les autres des partenariats privilégiés. Il faut que des pays comme la Grande-Bretagne, les Pays-Bas ou la Pologne prennent leurs responsabilités. Dedans ou dehors. Au niveau politique, l'une des grandes avancées est que, pour la première fois, il est écrit noir sur blanc qu'un pays peut décider de sortir de l'Union Européenne.

Interview réalisée par Marc Sémo.