Cher Bernard...

24 mai 2007

Lettre ouverte à Bernard Kouchner

Salut l'aventurier ! De conseiller de « la princesse », te voilà paladin du roi avec l'approbation des Français, électorat de Ségolène compris. Chapeau !
Pour servir la France, aucun remords à servir celui dont « les dérives de campagne, historiquement dangereuses », te faisaient tressaillir. Dont acte. Après tout, pourquoi pas ?

Retournons dès lors la morale de l'histoire : Tu deviens notre cheval de Troie en haut lieu pour continuer à travailler au changement de la politique comme des politiques débuté en 68 et faire comprendre à la droite que la solidarité envers les opprimés et les sans-droits est un devoir, non une idéologie réfutable en vertu de l'identité nationale ou "raison d'état".

Prenons la Turquie. Je te vois parfaitement lancer ce que tu as appelé des « états généraux » pour rapprocher intellectuels, syndicalistes, patrons, associations de femmes, de Kurdes et d'Arméniens, laïcs et croyants de ton pays et de celui tant décrié par ton nouveau patron.
Grâce à ton impulsion, peut-être concèdera-t-il au formidable prix Nobel de littérature, Orhan Pamuk, et à la veuve du journaliste arménien assassiné, Hrant Dink, un casse-croûte à l'Elysée pour entendre leur plaidoyer en faveur de la liberté et de la démocratie qu'ils aperçoivent dans la perspective européenne. S'osera-t-il finalement à écouter le Bernard de notre livre, « Quand tu seras Président », écrivant: « il faudrait être fou pour éconduire le seul grand pays musulman qui a séparé la religion de l'Etat » (1).

Si jamais, sous les pavés de l'immigration choisie, l'Elysée découvrait la détresse des Africains crevant en Méditerranée, je suis sûr que tu sauras mobiliser les gloires de la flotte nationale pour sauver ces boat people.

Reprendre aussi le flambeau de notre copain vert, ancien ministre des affaires étrangères allemand, Joschka Fischer, que tu trouvais « admirable au Moyen-Orient où il aurait pu tout changer mais s'est arrêté en chemin ».
Endosse ton habit de pèlerin et fais comprendre aux Palestiniens que la paix dans un Etat digne de ce nom passe par la reconnaissance du droit d'exister et la sécurité pour Israël. Explique aux Israéliens qu'un peuple terrorisé et sans espoir est incapable de bonnes décisions. Quand un mur censé protéger devient le symbole de l'humiliation quotidienne, il finit par ne plus protéger personne. Rapproche Israéliens et Palestiniens, et personne ne regrettera ta folle aventure sarkozyenne. A toi l'initiative d'une conférence sur l'eau engageant les pays de la région sur un projet d'avenir concret

Tu assénais : " Notre génération, qui se disait révolutionnaire, a tellement menti par idéologie, sectarisme, goût du pouvoir qu'elle s'est détournée de la politique" mais aussi « ne pas employer le mot vérité- la vérité, c'est que la vérité varie -mais celui de véracité : la volonté de ne pas tromper ». (2)
Bien dit Bernard! Et j'ai confiance en toi pour ne pas jouer au « Si j'avais su j'aurais pas venu » du p'tit Gibus.

Tu continues de choisir l'aventure et le risque. Nous, tes copains, serons vigilants pour que tu n'y perdes pas ton âme.

L'Europe a besoin de politiques aux « arguments sans frontière ». Je te renvoie donc humblement à nos 26 propositions pour changer l'Europe dont celle sur la méthode de gouvernement et la réinvention du débat : « Chaque réforme prend l'allure d'une révolution dérisoire, grèves, manifestations de rue et charges de police, un ton de guerre civile pour un changement d'indice. Nous ne pouvons continuer ainsi à évoluer. Le gouvernement de la République ne trouvera une autorité qu'en installant un dialogue permanent à chaque étage de la société. » (3) Cela sonne comme si c'était du Ségolène mais c'est de toi. Ce n'est donc qu'un début ! Continuons le débat.
Et pourquoi pas, comme par le passé, ensemble dans des meetings de candidats PS ou Vert aux législatives. Une démocratie saine requiert une opposition forte. Après tout, tu restes de gauche non ?

(1) «Quand tu seras président... », D. Cohn-Bendit et B. Kouchner, éd.Robert Laffont, p.176
(2) «Quand tu seras président... », D. Cohn-Bendit et B. Kouchner, éd.Robert Laffont, p99, p110
(3) «Quand tu seras président... », D. Cohn-Bendit et B. Kouchner, éd.Robert Laffont, p372