"Nicolas Sarkozy, président de la république, ce serait quelque chose de très, très néfaste pour la France de demain"

RTL, le 7 novembre 2006

Le co-président du groupe des Verts/Alliance libre européenne était l'invité de RTL mardi matin. Daniel Cohn-Bendit a confirmé son soutien à Ségolène Royal pour qu'elle devienne la candidate de la gauche à la prochaine élection présidentielle en France en raison de sa capacité à rassembler...


Le co-président du groupe des Verts/Alliance libre européenne était l'invité de RTL mardi matin. Daniel Cohn-Bendit a confirmé son soutien à Ségolène Royal pour qu'elle devienne la candidate de la gauche à la prochaine élection présidentielle en France en raison de sa capacité à rassembler... 

 

Jean Michel Aphatie : Bonjour Daniel Cohn-Bendit.

Daniel Cohn-Bendit : Bonjour...

Ce sera une forme d'événement politique, aujourd'hui, à Paris : Nicolas Hulot présente son livre pour un pacte écologique, et ça pourrait bien préfigurer sa future candidature à l'élection présidentielle. Qu'est-ce que vous pensez de Nicolas Hulot ?

Je trouve que Nicolas Hulot défend des idées qui sont très proches des idées de tous les écologistes, en tant que présentateur de télévision, homme public, homme de la société civile. Il apporte quelque chose non pas de nouveau mais quelque chose d'important, et surtout il est entendu. Donc, je crois que Nicolas Hulot fait un bon travail.

Mais il pourrait faire un bon candidat à l'élection présidentielle ?

Ecoutez, c'est toujours le problème entre présenter des émissions, remuer des idées et être candidat à la présidentielle, c'est-à-dire faire de la politique au sens le plus traditionnel du terme, il y a évidemment un long chemin et je ne sais pas si Nicolas Hulot se rend compte s'il veut être candidat, de ce que ça veut dire d'être candidat... Après, pour faire quoi ? C'est-à-dire parce qu'en France, après les présidentielles, il y a les Législatives ... et si on veut mettre en route un programme de développement durable, il faut le faire avec une certaine majorité.

Alors, pour faire quoi ? C'est peut-être pour dire à l'ensemble des responsables politiques, y compris d'ailleurs aux Verts français, vous ne défendez pas assez les thématiques écologiques. Vous n'êtes pas assez entendu, vous n'êtes pas assez bon au fond sur ces domaines qui paraissent, aujourd'hui, si importants. C'est peut-être uniquement pour ça qu'il pourrait être candidat.

Oui, d'accord. Mais le problème, il est compliqué. Le diagnostic, disons, que : la critique qu'il fait aux Verts, par exemple, est juste. Ils se bouffent plus le nez qu'ils ne sont capables, en ce moment, de faire de la Politique. Ca, c'est une critique que j'accepte. Le problème, il est... Il ne suffit pas simplement pendant les présidentielles de dire attention ; et puis, alors tous les candidats vont dire : mais si, mais si, mais si... Le développement durable d'ailleurs. C'est après, concrètement loi par loi, de savoir si véritablement on est pour une réduction de l'effet de serre ou pas ; si on est pour une réduction du CO2, qu'est-ce qu'on met sur place ? Je donne un exemple : les Verts européens proposent un pacte de stabilité à l'image du Pacte de Stabilité pour la réduction de gaz à effet de serre. Cela veut dire : On se met d'accord sur un certain chiffre et si on n'y arrive pas, eh bien on sera pénalisé. Mais pour cela, il faut être présent quotidiennement dans les structures politiques. Est-ce que Nicolas Hulot veut à voir participé, qu'il y ait un groupe parlementaire écologiste à l'assemblée car c'est le seul moyen après de continuer.

En tout cas, vous, vous ne l'encourageriez pas à être candidat et à faire concrètement de la politique ?

Ecoutez, ça n'est pas à moi de l'encourager. Je trouve qu'il est important. Je crois que s'il pouvait aider à ce que les écologistes se rassemblent et qu'ils se mettent d'accord avec Dominique Voynet, avec Corinne Lepage pour qu'il y ait vraiment un pôle écologiste dans cette élection présidentielle qui, après, continuera dans les Législatives pour peser d'une manière durable dans le paysage politique français, je crois qu'il a son rôle. Est-ce que son rôle serait d'être candidat à la Présidentielle, ça n'est pas à moi de le dire.

En tout cas, un sondage - c'était dimanche- disait que 66% des Français pensaient que c'est lui qui défendrait le mieux les problèmes de l'environnement, contre 14% seulement à Dominique Voynet. C'est pas très bien parti pour la candidate écologiste dans cette élection présidentielle ?

Oui, mais ça dépend si c'est 14% qui veulent voter après, pour Dominique Voynet ou c'est 60% qui regardent TF1 mais qui ne sont sûrs de ne pas.... Parce que vous savez, 60% (il n'y a pas 60% des Français qui vont voter pour Nicolas Hulot). Il faut faire très attention. C'est simple. Il est évident qu'un présentateur de la télévision aussi connu que Nicolas Hulot a une bonne image en France de tas de gens qui ne voteraient jamais pour un écolo, même Nicolas Hulot.

Vous, dans cette élection présidentielle, Daniel Cohn-Bendit, que vous semblez regarder avec attention, votre favorite, c'est toujours Ségolène Royal ? C'est avec elle que vous avez envie de travailler ?

Ah moi, je dis qu'il est évident que je soutiendrais la candidate Verte si elle continue au premier tour mais que je suis pour Ségolène Royal ; et j'espère, et je travaille, et je discute avec elle pour qu'elle soit la candidate de Gauche parce qu'elle est la seule capable de battre Nicolas Sarkozy et que je crois que Nicolas Sarkozy, président de la république, ce serait quelque chose de très, très néfaste pour la France de demain.

Vous avez sans doute entendu qu'hier soir, Jean-Pierre Chevènement s'est déclaré à nouveau candidat, lui aussi, et Ségolène Royal qui était également dans un journal télévisé, a dit : Moi, Jean-Pierre Chevènement, je suis prête à travailler avec lui. Alors, vous qui soutenez Ségolène Royal, si Jean-Pierre Chevènement ça n'a jamais été votre tasse de théde thé, vous dites quoi de ce mélange ?

Moi, je dis que Ségolène Royal veut être Présidente de la République. Donc, il lui faut 50% des voix. Si c'est Cohn-Bendit qui était candidat, il fait 3% ou 4%, ou 5%. Donc, je comprends. Ségolène Royal doit effectivement rassembler. Et j'avoue franchement que la candidature de Chevènement, c'est ridicule. C'est ridicule, vraiment. Alors, c'est n'importe quoi. Mais bon, c'est du chantage pour avoir dix circonscriptions, ou cinq ou quatre, voilà...

Pourquoi c'est n'importe quoi ? Il représente quelque chose lui aussi, sans doute, dans l'opinion publique française.

Dans l'opinion publique mais pas électoralement. Je fais un pari, aujourd'hui, que si Jean-Pierre Chevènement se présente, il ne fait pas plus que 1,5%. On prend le pari, et je voudrais bien... Il est intéressant dans l'espace public, mais ce n'est pas toute personne qui est intéressante dans l'espace public, a pour rôle de se présenter aux élections présidentielles, sinon ça serait fou. Tout journaliste qui est important dans l'espace public va croire que, peut-être, il serait un bon candidat aux Présidentielles...

On vous verra beaucoup, vous, pendant la campagne présidentielle, Daniel Cohn-Bendit ?

Ca dépend. Oui, en tout cas j'essaierai que la Gauche gagne et qu'il y ait un groupe Verts important, un groupe écologiste au Parlement parce que je crois que c'est la seule manière de continuer durablement à peser politiquement en France.

Merci d'avoir été avec nous, ce matin, Daniel Cohn-Bendit, de votre regard sur l'élection présidentielle française. Bonne journée.

Y'a pas de quoi !